1. La Ville de Baeza a été inscrite sur la liste du Patrimoine mondial en 2003. Quelles ont été les retombées de cette nomination pour votre ville?

    Avant 2003, Baeza était déjà une ville reconnue et remarquable pour ses valeurs culturelles et patrimoniales. La preuve en est le statut qu’elle détenait de monument historico-artistique entre 1917 et 1931 ; en 1966, Baeza a été déclarée Ensemble historico-artistique.

    Dix ans après avoir été inscrite sur la liste du Patrimoine mondial en tant qu’ENSEMBLE MONUMENTAL DE LA RENAISSANCE, il y a lieu de souligner tout d’abord la prise de conscience du patrimoine par les citoyens.

    Depuis cette déclaration, nos valeurs ont été mieux comprises, notre patrimoine a été reconnu et la société de Baeza s’y est identifiée ; par conséquent, notre legs a été protégé et conservé de façon plus cohérente, grâce à l’effort de tous.

    Parallèment, il s’est produit à Baeza un développement économique visible, grâce au type de gestion des différentes conjonctures reliées au patrimoine, où nous avons toujours tâché de rechercher, comme point de départ et comme but ultime, une structure économique harmonieuse basée sur l’ÉQUILIBRE de toute stratégie culturelle. Toutes ces actions supposent une forme de gestion efficace et cohérente, qu’il s’agisse du développement actuel du paysage historique consolidé ou du reste de la ville du point de vue de la conservation et de la réhabilitation, ainsi que de la diffusion de nos biens. 
     
  2. À votre avis, quel est le rôle patrimonial d’un maire lorsqu’une ville se retrouve inscrite sur la Liste du Patrimoine mondial l’UNESCO?

    Du point de vue plus personnel, je me considère comme un amant de l’histoire et de la culture sous toutes leurs formes et leurs manifestations, et en tant que premier représentant de cette ville qui possède des valeurs patrimoniales exceptionnelles, je m’en sens doublement responsable et me préoccupe intensément de la gestion économique et patrimoniale de ma ville.

    Il ne fait aucun doute que l’une des fonctions les plus importantes et difficiles à remplir est la recherche de ressources financières destinées à la sauvegarde et à la conservation des biens, qu’ils soient publics ou privés. Le fait d’être à la hauteur, à tous les niveaux, d’une ville du Patrimoine mondial, de devoir répondre de l’économie devant les citoyens et d’assurer la sauvegarde et la conservation des biens privés protégés représente une préoccupation constante qui se dresse sur la route de la gestion en tant que maire et qui s’accentue, surtout à cette époque difficile.

    Il faut également considérer que le patrimoine culturel, en plus de contenir ses propres valeurs intrinquèques, est une source de croissance économique et de création de richesse et d’emploi. On ne peut pas nier que les études existantes reliées au patrimoine et à l’économie prouvent qu’effectivement, le patrimoine bien géré est un moteur de développement dans différents domaines. Voilà pourquoi, en ce moment, nous croyons que nous devons promouvoir et étudier de nouvelles stratégies reliées au secteur touristique et favoriser, chez les agents locaux, la venue de visiteurs et d’investisseurs étrangers, les aides financières devant être basées sur des modes de diffusion équilibrés et corrects de nos valeurs.
     
  3. Concrètement, quelles ont été vos actions à l’égard de la protection et de la mise en valeur de votre patrimoine?

    Priemièrement, nous avons acquis une connaissance plus approfondie de nos biens dans tous les domaines, et plus spécifiquement dans celui de l’éducation, par le biais des différents médias. C’est ainsi qu’est en voie de naître, chez les citoyens de Baeza, une sensibilisation qui se manifste par une attitude de plus grande disposition à conserver et à restaurer, non seulement des édifices mais des espaces urbains.

    Ces actions se sont materialisées de façon remarquable par de nouvelles mesures de gestion, la réduction des impacts environnementaux, l’élimination de la pollution visuelle sous toutes ses formes et l’établissement de zones piétonnières dans les espaces et les axes historiques. D’autres décisions ont été le contrôle de la circulation automobile à l’intérieur des murs, la récupération d’édifices exceptionnels, de petites et moyennes rénovations, cohérentes et sous les conseils d’équipes multidisciplinaires, des interventions sur le mobilier urbain et l’habitation, des  études, la rédaction de projets, ainsi que d’autres réalisations.

    L’une des actions concrètes et plus directes au niveau local est celle qui concerne l’éducation. À partir de l’enseignement de notre patrimoine local, on peut en arriver à stimuler fortement la conservation et la restauration du patrimoine. En ce sens, il y a lieu de souligner le travail de l’École-atelier, qui dans une ville comme la nôtre, est fondamental, vu qu’il apporte une expérience intéressante dans la conservation des travaux et des techniques de construction traditionnels, qui sont nécessaires dans l’intervention sur le patrimoine historique et la conservation des métiers traditionnels pour l’offre d’empois spécialisés dans la région.

    Une autre tâche très importante à souligner a consisté à désigner, en 2006, le centre historique de Baeza Zone de réhabilitation concertée, ce qui a permis, entre autres, diverses interventions publiques en vue d’améliorer l’accessibilité et l’urbanisation des espaces publics, la restauration de la muraille et d’édifices exceptionnels, des programmes d’intégration sociale, la restauration de logements ou la dotation en mobilier urbain.

    En somme, durant ce temps il y a eu des progrès très importants pour maintenir les niveaux de protection et de considération du caractère exceptionnel de la ville, par le biais des différents instruments légaux disponibles ; cela s’est matérialisé dans le Plan général d’urbanisation, approuvé en 2011 et qui a été complété par le Plan spécial de protection de l’ensemble historique, un catalogue et d’autres règlements de protection.
     
  4. Tenez-vous des événements particuliers mettant en valeur votre ville?

    Depuis janvier 2004 et en collaboration avec la ville voisine d’Ubeda, des programmes en matière de culture et de tourisme ont été mis en œuvre sous la marque « Ubeda et Baeza, Patrimoine mondial », comme les promotions « Destination unique Baeza-Ubeda, patrimoine mondial » ou « Baeza-Ubeda, villes de congrès », diffusées dans des foires nationales et internationales, ainsi que des actions promotion. Il faut aussi signaler la création de la « Commission de promotion d’Ubeda et de Baeza », qui est l’œuvre des Conseils sectoriaux du tourisme des deux villes.

    Tout ce travail conjoint a donné lieu, en 2007, à la rédaction du document « Initiative de tourisme durable » et à la création de l’Association pour le développement touristique d’Ubeda et de Baeza (TUBBA), regroupement chargé de développer et de diffuser le programme des interventions à réaliser dans chacune de ces villes (Plan intégral d’accessibilité, de création de stationnements dissuasifs et de restriction du trafic automobile, d’urbanisation des espaces publics, de signalisation patrimoniale, etc.).

    D’autre part, des documents sont publiés, des congrès et des rencontres reliés au Patrimoine mondial sont organisés (au cours du mois de novembre, Baeza et Ubeda ont accueilli la VIIe Rencontre des gestionnaires du Patrimoine mondial).

    À titre individuel, notre ville est reconnue comme le siège du Campus Antonio Machado, de l’UNIVERSITÉ INTERNATIONALE DE L’ANDALOUSIE (UNIA), lequel est devenu une réclame éducative et culturelle ayant une projection nationale et internationale, et le « Séminaire permanent du patrimoine historique » y apporte une dimension universitaire et réelle de la gestion et de l’utilisation du patrimoine.

    Baeza est aussi une ville renommée tout au long de l’année pour ses célébrations historiques locales, qui ont été conservées comme un legs au cours des siècles, comme la Semaine sainte, déclarée d’intérêt touristique national, ou le Festival de musique ancienne, qui couronne le panorama culturel et la richesse patrimoniale tangible et intangible que la ville de Baeza expose et offre au monde entier.
     
  5. Le terme «patrimoine mondial» implique une dimension internationale. À votre avis, quelle est la signature patrimoniale internationale de la ville de Baeza? Quelles sont vos stratégies afin d'établir et/ou de maintenir cette signature?

    Sans aucun doute, on retrouve cette marque dans la déclaration elle-même : Ensembre monumental de la Renaissance. La singularité de notre Renaissance est ce qui a dépassé les frontières et est mondialement reconnu au moyen de sa projection en Amérique latine, grâce à Andrés de Vandelvira, célèbre architecte du XVIe siècle. Notre véritable marque d’identité mondiale est de comprendre notre ensemble monumental comme un exemple d’urbanisme et d’architecture historique, où le centre monumental représente l’espace le plus représentatif de la Renaissance et est aujourd’hui l’expression culturelle la plus complète de la ville globale qui nous est parvenue jusqu’à nos jours.

    Je crois que pour consolider cette « signature », toute nouvelle stratégie doit viser à reformuler de nouveaux engagements conjoints avec la ville d’Ubeda, de sorte que ces nouvelles initiatives favorisent d’autres actions pour consolider des interventions et des engagements durables avec les différentes administrations et institutions.
     
  6. À vos yeux, dites-nous ce qui fait de Baeza un endroit si spécial…

    Les aspects qui ont été considérés au moment d’évaluer le profil que présente actuellement Baeza sont nombreux, mais surtout et après tout ce qui a été dit, il faut préciser que Baeza est un lieu spécial grâce à ses habitants, qui en sont les agents les plus importants ; notre déclaration n’aurait pas de sens si ce n’était de l’expérience de ceux qui habitent Baeza, en prennent soin, la conservent et l’entretiennent par leurs efforts, et ce, malgré les difficultés financières et techniques. Ce sont principalement les citoyens qui matérialisent cette conservation et ce respect.

    Voilà pourquoi, en tant que maire, je crois que notre reconnaissance doit être comprise non seulement à partir de la « Ville construite » mais de la « Ville habitée », concept qui recouvre la richesse multiculturelle qui ne se voit pas et le sens de permanence de ceux qui y résident ; il s’agit d’un ensemble vivant, où on travaille, où on s’amuse et à partir duquel se sont constituées peu à peu les marques d’identité que nous montrons aujourd’hui au monde.